RAPPORT GENERAL DU FORUM SUR LA TRANSHUMANCE DANS LE CERCLE DE YANFOLILA

 

 

 

 

 

Le Forum sur la transhumance dans le Cercle de Yanfolila s’est tenu du 22 au 23 juillet 2010 dans la salle de conférence du Conseil de Cercle.

 

 

 

La cérémonie d’ouverture était placée sous la haute présidence de Son Excellence le Général Kafougouna KONE Ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, en présence des Ministres de l’Elevage et de la Pêche, de la Justice et du Logement, des Affaires Foncières et de l’Urbanisme et du Secrétaire Général du Ministère de l’Agriculture.

 

 

 

Etaient présents :

 

 

 

* les membres du Comité de Crise,

 

* les autorités administratives et politiques de la Région de Sikasso,

 

* les chefs des services techniques,

 

* les représentants des douze (12) communes du Cercle de Yanfoila,

 

* les Partenaires Techniques et Financiers,

 

* le Président de l’APCAM,

 

* les soixante (60) chefs de village du Cercle de Yanfoila,

 

* les représentants des douze (12) patriarches,

 

* les représentants du Syndicat National des Producteurs de Viande du Mali ;

 

* les représentants du Syndicat National des Eleveurs et Marchands de Bétail du Mali;

 

* les représentants de l’Association Nationale des Chasseurs du Mali ;

 

* les représentants de l’Association des Ressortissants des Cercles de Bougouni, Yanfolila et Kolondièba ;

 

* les ressortissants de l’Association pour le Développement du Cercle de Yanfolila.

 

 

 

Six (06) allocutions ont été prononcées au cours de la cérémonie d’ouverture :

 

 

 

La première allocution, celle du Maire de Yanfolila. Après avoir fait observer une minute de silence à la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie ou des biens dans la crise de la transhumance dans notre cercle, il a souhaité la bienvenue à toutes les délégations présentes, et a émis le vœu que les travaux se tiennent dans la paix, la concorde et la réconciliation.

 

 

 

 

 

La deuxième allocution a été celle du représentant de l’Association pour le Développement du Cercle de Yanfolila. Il a commencé par remercier tous ceux qui en dépit de leurs préoccupations ont accepté de participer à ce forum. Selon lui, au-delà de la transhumance, il nous faut plutôt réfléchir sur la gestion des ressources naturelles.

 

 

 

Il a aussi souligné que les conflits entre éleveurs et agriculteurs ont été toujours mal gérés engendrant des frustrations. Il a expliqué que l’élevage s’est développé dans le Cercle grâce à l’appui des différents projets qui ont évolué dans la région.

 

 

 

Il a souhaité qu’un accord soit établi pour la gestion de la transhumance avec l’implication des communes. Cet accord devra également prendre en compte l’arrêt total de la divagation des animaux.

 

 

 

 

 

La troisième allocution fut prononcée par le Président de l’Association pour le Développement Intégré de Bougouni, Yanfolila et Kolondièba.

 

 

 

Il a souhaité la bienvenue à tous les invités et remercié le Président de la République et le Gouvernement pour les dispositions prises. Il a ajouté que la tenue du Forum est un espoir en vue de trouver les solutions aux nombreux problèmes environnementaux de la Région.

 

 

 

 

 

La quatrième allocution est revenue au patriarche de Yanfolila. Son représentant a remercié le Gouvernement du Mali pour les efforts déployés pour la résolution de ce conflit. Il a ensuite remercié tous ceux qui sont présents et leur a souhaité la bienvenue. Il a apprécié le fait que le forum ait lieu à Yanfolila aujourd’hui. Il a évoqué tous les dégâts causés par la transhumance des animaux dans le Cercle. Il a souhaité que les débats soient ouverts et s’est dit réceptif à toute proposition constructive qui permet de préserver les ressources du Cercle.

 

 

 

 

 

La cinquième allocution fut celle de Sidy BATHILY, le représentant des éleveurs. Il a remercié les Ministres et tous les participants à ce forum. Selon lui, ce qu’il a vu à Yorobougoula et dans le reste du Cercle lui fait penser que les transhumants n’ont pas eu suffisamment de respect pour leurs hôtes du Wassoulou. Pour lui, cet état de fait doit être corrigé car si le pays appartient à l’Etat, chaque communauté est aussi propriétaire de son terroir.

 

 

 

Il a donc invité les uns et les autres à l’apaisement et au pardon.

 

 

 

 

 

Enfin, ce fut le discours d’ouverture du Forum prononcé par le Ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales. Après avoir remercié tous les participants, le Ministre leur a transmis les salutations du Président de la République et du Premier Ministre. Il a ensuite évoqué le caractère séculaire de la transhumance dans notre pays, en faisant état des problèmes rencontrés dans son application. Selon lui, l’application de la charte pastorale peut être une opportunité pour créer les conditions d’un développement rural durable.

 

 

 

Le présent Forum, pour lui, est une occasion d’échanges entre les populations et les experts afin d’aboutir à un accord pouvant s’appliquer dans une atmosphère apaisée.

 

 

 

Après la cérémonie d’ouverture, les travaux proprement dits ont débuté sous la présidence de Monsieur Boubacar Baba DIARRA, Chef de Cabinet du Ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, Président du Comité de Crise assisté des autres membres dudit Comité notamment :

 

 

 

* le Colonel Yaya OUATTARA, Haut Fonctionnaire de Défense au Ministère de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales ;

 

 

 

Messieurs :

 

 

 

* Souleymane DIABATE, Conseiller Technique au Ministère de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales ;

 

* Omar SANGARE, Chargé de Communication au Ministère de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales ;

 

* Moriba SINAYOGO, Directeur National Adjoint de l’Intérieur au Ministère de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales ;

 

* Mamadou Dougacoro COULIBALY, Conseiller Technique au Ministère de l’Elevage et de la Pêche ;

 

* Boubacar CAMARA, Chargé de Mission au Ministère de l’Environnement ;

 

* Boya DEMBELE, Conseiller Technique au Ministère de la Justice ;

 

* Contrôleur Général de Police Alioune Badra DIAMOUTENE, Conseiller Technique au Ministère de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile ;

 

* Madame SAMAKE Mouna TOURE, Chargé de Mission au Ministère de l’Agriculture ;

 

* Bréhima SIDIBE, Président de l’Association pour le Développement du Cercle de Yanfolila ;

 

* Colonel à la retraite Bréhima DIAKITE, membre de l’Association pour le Développement du Cercle de Yanfolila ;

 

* Deux représentants du Réseau des Communicateurs Traditionnels du Mali (RECOTRADE)

 

 

 

 

 

Cinq (05) thèmes de communication ont été présentés et discutés à savoir :

 

 

 

* l’historique de la transhumance dans le Cercle de Yanfolila ;

 

* la protection de l’environnement et transhumance dans le Régions du Sud au Mali;

 

* l’accès au pâturage et à l’eau dans le Cercle de Yanfoila,

 

* la charte pastorale,

 

* le règlement des conflits par concertation : le cas des communautés ayant adopté des conventions locales.

 

 

 

Les débats du premier thème « l’historique de la transhumance dans le Cercle de Yanfolila » ont permis aux participants de faire un rappel du poids des activités pastorales au Mali qui occupent 80 % d’éleveurs et rapportent au budget d’Etat environ 40 milliards de F CFA par an.

 

 

 

Il a été rappelé que la pratique de la transhumance a débuté dans le Cercle de Yanfolila possédant d’énormes potentialités agro – sylvo – pastorales où les pâturages sont estimés à 1.190 km², dans les années 1970 – 1973 reconnues comme celles de grande sécheresse au Mali.

 

 

 

Du fait de cette potentialité, le Cercle de Yanfolila accueille annuellement deux types de transhumance dont celles de la saison sèche et de la saison des pluies.

 

 

 

L’élevage dans le Cercle a connu un essor du fait du développement de la culture de coton dans la zone Sud du Mali et de la réalisation d’infrastructures socio – économiques tels que les petits barrages, les gîtes de transit pour les animaux et la réalisation de schémas pastoraux.

 

 

 

Les débats ont permis de faire plusieurs propositions en vue du développement des activités agro – pastorales et la meilleure organisation de la transhumance dans le Cercle. Parmi les propositions, il a été retenu :

 

 

 

* l’encouragement et le soutien des initiatives en cours dans la Région de Sikasso relatives à la construction des parcours des animaux ou schémas pastoraux, des petits barrages et des gîtes d’étapes ;

 

* le maintien des pistes existantes, leur plus grande sécurisation, leur meilleur aménagement de manière à réduire au strict minimum les risques de conflit entre agriculteurs et éleveurs d’une part et entre les éleveurs eux – mêmes, d’autre part ;

 

* la meilleure organisation de la transhumance dans le Cercle de Yanfolila par la forte implication des Collectivités Locales dans sa gestion ;

 

* le renforcement de la capacité des collectivités locales dans l’élaboration des schémas pastoraux.

 

* Les débats du deuxième thème « la protection de l’environnement et transhumance dans le Régions du Sud au Mali » ont surtout porté sur les grands problèmes rencontrés dans les campagnes du Wassoulou dans la gestion des ressources naturelles.

 

 

 

Beaucoup d’intervenants ont tour à tour mis l’accent sur les obstacles qui entravent la préservation de l’écosystème tant à Yanfolila que dans les autres cercles voisins ; obstacles contre lesquels des solutions radicales et urgentes doivent être rationnellement trouvées. Parmi ces obstacles, il a été retenu :

 

 

 

* la coupe abusive du bois dans les forêts classées ;

 

* la coupe des essences protégées et la pratique du pâturage aérien ;

 

* la divagation d’animaux ;

 

* la non observation par les exploitants forestiers des dispositions du code forestier ;

 

* la timidité des agents des Eaux et Forêts ou leur incapacité à faire respecter les dispositions légales et réglementaires en matière de conservation des ressources naturelles.

 

 

 

Comme solutions, les participants ont proposé :

 

 

 

* le renforcement des capacités des Services des Eaux et Forêts pour l’application du code forestier en vue de la protection efficace de l’environnement ;

 

* le respect scrupuleux des dispositions de la charte pastorale et des textes connexes ;

 

* l’intégration par les Collectivités Territoriales des activités agro – sylvo – pastorales dans leur Programme de Développement Social, Economique et Culturel (PDSEC);

 

* l’harmonisation des textes portant sur la gestion des ressources forestière.

 

*

 

* Les débats du troisième thème « l’accès au pâturage et à l’eau dans le Cercle de Yanfoila » se sont focalisés sur la diminution de l’espace vital dans le Wassoulou avec la forte pression démographique, l’afflux massif des transhumants et l’augmentation de façon exponentielle des troupeaux.

 

 

 

Les pistes de solutions proposées pour assurer une gestion optimale de la situation ont été :

 

 

 

* d’intensifier la pratique de l’élevage par la construction des ranches et leur multiplication ;

 

* de promouvoir la culture des espèces fourragères grâce à l’aménagement des ranches ;

 

* d’assurer une meilleure exploitation des clairières ;

 

* d’assurer une gestion optimale de l’espace vital par l’élaboration des plans de gestion du terroir villageois ou l’aménagement des espaces au besoin réduire l’espace réservé aux forêts classées au profit de l’exploitation domestique des paysans ;

 

* de mieux valoriser les produits laitiers.

 

 

 

Les débats du quatrième thème « la charte pastorale » ont porté sur les explications et commentaires des dispositions de la loi n°041-004 du 27 février 2001 portant charte pastorale et ses textes d’application.

 

 

 

Le champ d’application de cette loi qui précise la gestion des pistes pastorales et détermine avec efficience la garde des troupeaux et le calendrier des transhumants a été précisé.

 

 

 

Les participants ont signalé la méconnaissance de cette règle de droit et de ses textes d’application par le grand public et surtout les Collectivités Territoriales qui sont fortement impliquées dans sa mise en œuvre.

 

 

 

A ce niveau, il a été proposé :

 

 

 

* la traduction de la charte pastorale dans les langues nationales en vue de sa large diffusion ;

 

* le respect scrupuleux des dispositions de la charte pastorale, de ses textes connexes et la loi d’orientation agricole ;

 

* le renforcement de la capacité des Collectivités Territoriales à mieux gérer la transhumance et les activités agro – sylvo – pastorales ;

 

* l’intégration dans le Programme du Développement Social, Economique et Culturel (PDSEC) des Collectivités Territoriales des activités agro – sylvo – pastorales ;

 

* l’organisation d’ateliers de formation sur la charte pastorale dans les Cercles de Yanfolila, Bougouni et Kolondièba ;

 

* la diffusion la plus large possible des résolutions et recommandations du Forum dans les trois (03) Cercles de Yanfolila, Bougouni et Kolondièba.

 

 

 

Les débats du cinquième thème « le règlement des conflits par concertation : le cas des communautés ayant adopté des conventions locales » se sont focalisés sur l’exposé des dispositions législatives et réglementaires existantes en matière d’élaboration de conventions dans le cadre de la gestion de la transhumance et de règlements des conflits.

 

 

 

L’accent a été fortement mis sur la prévention des conflits par les mécanismes traditionnels de gestion des ressources naturelles au moyen du dialogue et de la conciliation.

 

 

 

Ces exposés ont été étayés par l’exposé des expériences existantes dans d’autres régions du Mali telles que Kangaba, Belem dans le cercle de Bandiagara et Mopti.

 

 

 

De même, une large explication a été donnée sur la voie critique à suivre en matière d’élaboration de conventions.

 

 

 

Cependant, il est ressorti que du fait des contingences socio – culturelles, la concorde ne peut être instaurée que lorsque les transhumants respecteront les us et coutumes des populations d’accueil, sans heurter la moindre sensibilité.

 

 

 

A la suite des débats il a été proposé :

 

 

 

* de renforcer les capacités des Maires en matière de prévention et de règlements des conflits ;

 

* d’encourager et instaurer une culture de convention auprès des agriculteurs et éleveurs en les informant mieux sur les avantages des conventions ;

 

* d’encourager et appuyer les collectivités dans la contractualisation des conventions entre éleveurs et agriculteurs ;

 

* d’instaurer un climat de confiance entre autorités et populations ;

 

* de procéder à la nomination d’un Sous – Préfet à Yorobougoula.

 

 

 

Les travaux se sont déroulés dans une atmosphère sereine, emprunte de convivialité et de cordialité.

 

 

 

A l’issue des débats, le Forum a formulé des recommandations et adopté une résolution.

 

 

 

Au titre de la résolution, le Forum :

 

 

 

* considérant le climat de sérénité et de respect mutuel qui ont caractérisé les débats du Forum ;

 

* considérant les enjeux des défis à relever pour un retour de la paix dans le Cercle de Yanfolila ;

 

 

 

se félicite et prend acte de l’adhésion des populations de Yanfolila à la poursuite de la transhumance dans le Cercle, conformément aux dispositions de la charte pastorale et de la loi d’orientation agricole. Le Forum les en remercie vivement.

 

 

 

Au titre des recommandations, le Forum :

 

 

 

* Considérant l’interdépendance des activités agro – sylvo – pastorales ;

 

* considérant la nécessité de maintenir un climat de paix et d’entente entre les acteurs de ces différentes activités rurales ;

 

* considérant la nécessité de prévenir les conflits pouvant naître de la gestion des ressources naturelles ;

 

* considérant le devoir pour l’Etat et la collectivité de préserver les ressources naturelles pour les générations futures ;

 

 

 

 

 

le Forum recommande :

 

 

 

* une meilleure organisation de la transhumance dans le Cercle de Yanfolila par une meilleure appropriation par les Collectivités Territoriales de la charte pastorale et la loi d’orientation agricole ;

 

* intégrer dans les Programmes de Développement Economique, Social et Culturel (PDSEC) des Collectivités Territoriales, les activités agro – sylvo – pastorales ;

 

* renforcer les capacités des Collectivités Territoriales dans la gestion des ressources naturelles ;

 

* moraliser la délivrance des permis de coupe par l’observation stricte des dispositions règlementaires ;

 

* encourager et inviter les communautés à élaborer les conventions pour prévenir les conflits et les gérer le cas échéant ;

 

* mettre en place un programme de sensibilisation et d’éducation en vue d’un changement de comportement des bergers ;

 

* traduire et diffuser dans les langues nationales la loi portant charte pastorale et ses textes d’application ;

 

* doter les services des eaux et forêts des moyens leur permettant d’assurer la protection efficace de l’environnement ;

 

* élaborer et mettre en œuvre une convention locale intercommunale de gestion des ressources agro – sylvo – pastorales dans le Cercle de Yanfolila ;

 

* organiser les activités de formation dans les Cercles de Yanfolila, Kolondièba et Bougouni sur la gestion des ressources agro – sylvo – pastorales ;

 

* inviter les autorités administratives, judiciaires, politiques, coutumières et les chefs de village à instaurer un climat de confiance entre les acteurs intervenants dans la gestion des ressources naturelles ;

 

* traiter avec équité les conflits entre éleveurs, agriculteurs, pêcheurs et exploitants forestiers ;

 

* réhabiliter et / ou réaliser les points d’eau dans le Cercle de Yanfolila ;

 

* renforcer et encourager les mécanismes de mise en place des commissions foncières au

 

* niveau des communes et des trois cercles de Yanfolila, Bougouni et Kolondièba.

 

 

 

 

 

Le Forum

 

 

 

Fait à Yanfolila le vendredi 23 juillet 2010

Mise à jour le Mardi, 13 Décembre 2011 15:46